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Je prends le risque d’être caricaturée

15 mai 2009

Christine BoutinInterview Christine BOUTIN

Vous êtes ministre du logement et de la lutte contre l’exclusion. Pensez-vous combattre efficacement l’exclusion ?
Cette compétence ministérielle que le président de la République m’a confiée rejoint mes convictions profondes. Je viens de lancer un grand chantier sur le design dans le logement. Il s’agit de remettre l’homme au coeur de la conception du logement. Depuis trente ans que je fais de la politique, ce qui m’intéresse c’est la fragilité, la dignité de l’homme, et ce poste me donne l’occasion de mettre en oeuvre cette philosophie.

La perte du logement est un facteur majeur d’exclusion. J’ai donc interdit l’expulsion sans solution de remplacement, c’est-à-dire au moins d’hébergement. Par ailleurs, l’accueil de l’exclu, l’hébergement, ne doit être qu’un moment transitoire s’inscrivant dans un parcours menant vers le logement. Ce logement peut être ordinaire ou adapté, car certaines personnes auront besoin d’être durablement accompagnées. Aujourd’hui, nous avons plus de cent mille places d’hébergement ; ce qu’il faut c’est ajuster les capacités aux besoins, territoire par territoire, et surtout compléter les capacités en logements (ordinaires ou adaptés). J’ai des financements pour l’humanisation des centres d’accueil. Il faut en finir avec les dortoirs, qui existent encore, et créer le plus possible des chambres individuelles, voire à deux. Vous voyez, les choses bougent, et je viens de lancer, avec les associations, un travail pour moderniser l’accueil des sans-abri qui doit produire ses premiers effets rapidement.

Autre facteur d’exclusion : se trouver à la rue en sortant de prison. Je me suis beaucoup occupée de la situation des prisons quand j’étais parlementaire. La prison, comme la rue, est le reflet de tout ce que la société ouverte ne veut pas traiter. Pour moi, la prison est le baromètre du niveau d’humanité d’une société.

Que pensez-vous de ce qu’indique le baromètre en ce moment ?
La situation n’est pas bonne. Je n’ai pas qualité pour en parler, je dirai seulement que je ne suis pas fière de l’image que renvoie la prison par rapport au degré d’humanité de la société. Il faut trouver une réponse pour les 90 000 sortants de prison annuels. La sortie de prison doit être anticipée par l’administration pénitentiaire. J’ai fait appel aux préfets. Sept d’entre eux sont d’accord pour lancer une expérimentation, et j’ai dégagé 3 millions d’euros pour cette opération. Mais il y a aussi d’autres problèmes. Celui des détenus très âgés, qui ne devraient plus être en prison. Celui de la maladie. Dans la population carcérale, un grand nombre de personnes ont des troubles psychiques. Ce qui pose aussi la question du traitement de la maladie mentale dans notre pays. Tous ceux qui gênent, on les enferme, et on croit avoir supprimé le problème.

Est-ce que vos convictions religieuses, que vous revendiquez, précèdent et nourrissent vos convictions politiques ? Avez-vous, comme l’a dit Roselyne Bachelot, une conception messianique de la politique ?
Sur ce dernier point, la réponse est non. Je ne suis ni prosélyte ni me sens investie d’une mission qui excède la politique. La question sur mes convictions religieuses m’étonne toujours. Je suis catholique, et je l’assume. C’est pour moi un essentiel, comme pour tous ceux qui ont d’autres religions. On ne peut pas dire que cela précède mes convictions politiques. Mais oui, je suis catholique, j’ai 65 ans, trois enfants, cinq petits-enfants, et je suis mariée. Comment faire quand on a une foi forte et qu’on est parlementaire ou ministre dans un Etat laïque ? Ma réponse est que je n’impose rien à personne, mais que je demande qu’on respecte ce que je suis. Dans la société actuelle, nous sommes confrontés à la question du statut de l’humanité. La sagesse chrétienne permet des propositions basées sur le respect de la personne humaine, mais elle s’oppose directement aux tentations de fuite en avant où la technique doit répondre à toutes les demandes individuelles.

Parce que tout ce qui est techniquement possible a vocation à être mis en oeuvre ?
Il y a une quinzaine d’années, quand j’ai commencé à me préoccuper des questions de bioéthique, qui n’intéressaient guère, on était sur cette ligne-là. Aujourd’hui, on commence à se dire qu’il faut se demander quelles sont les conséquences pour l’humanité d’un certain nombre de techniques. Notamment en matière de reproduction. Cela pose des questions de fond, dont celle de l’eugénisme, dans une société où existe, partout, un refus de la différence. Désormais, un débat politique est engagé par l’Etat sur toutes ces questions.

Vous êtes donc optimiste.
C’est l’une des joies d’être catholique, les catholiques sont des gens d’espérance. Je suis une femme positive, je crois en l’homme, et je ne le dis pas béatement. Je pense que le XXIe siècle va être passionnant. L’un des grands enjeux du siècle est de savoir si nous acceptons de continuer à être dans une société narcissique qui ne voit pas l’autre, ce qui permet de dire « ce que je veux, j’ai le droit de l’avoir, sans limite ».

Est-ce pour affirmer une position chrétienne sur tous ces enjeux que votre parti, le Forum des républicains sociaux, va devenir Démocratie chrétienne sociale ?
Il faut parler clair et donner des repères, dans une société qui en manque. Il n’y a plus en France aucune structure partisane revendiquant l’héritage chrétien, et il y a un besoin fort d’assumer notre identité. Depuis que j’ai officialisé ce nouveau nom, lors de la convention nationale de mon parti, en janvier, les adhésions affluent.

Vos convictions vous portent à déplorer les nouvelles structures de la famille – recomposée, monoparentale, homoparentale. N’est-ce pas difficile de faire partie d’un gouvernement dont vous devez être solidaire et qui doit prendre en compte ces changements sociaux ?
Je crois avoir manifesté que quand on atteint certaines limites, je me sens le droit de m’exprimer. Etre ministre, c’est un service à la communauté.

De plus en plus on donne la primauté à la famille sociale sur la famille biologique, et je ne suis pas certaine que cela soit aussi simple qu’on le prétend. Je suis démocrate, je respecte la règle du jeu majoritaire, mais je veux qu’on dise les choses clairement et que chacun puisse faire ses choix en connaissance de cause.

Le pacs n’est-il pas une mesure en accord avec ce souci de clarifier ?

Non, et le fait que ce soient en majorité les hétérosexuels qui l’utilisent le prouve. Il était très facile, par quelques amendements aux lois sur la famille, de remédier aux injustices faites aux personnes de même sexe vivant ensemble, notamment en matière d’héritage. Le pacs est surtout quelque chose de plus simple à défaire que le mariage.

Vous dites que vous n’aimez ni les réacs, ni les ringards, ni les homophobes. Est-ce parce que c’est l’image de vous-même qu’on vous renvoie, vous disant parfois plus proche de Philippe de Villiers que de la droite modérée ?
Pour certains, s’affirmer catholique c’est être ringard. Mais je ne crois pas que nous en soyons encore là. Dans une société en crise, il est nécessaire de ne pas rester dans le flou. Je prends le risque d’être caricaturée, mais c’est le prix à payer pour sortir de la pensée unique. Sur le préservatif, j’ai tenté de dire que le discours sanitaire pouvait être complété, et ne devait pas écraser une pédagogie de l’amour.

Vouliez-vous seulement dire que c’est une nécessité pénible ?
Je crois à la beauté de la sexualité. La notion de plaisir qui y est associée est profondément humaine. Nous ne pouvons pas résumer notre parole sur la sexualité à un moralisme triste ou à un discours seulement médical.

Votre combat pour l’humanisation de la prison n’est-il pas un combat de gauche ?
Je crois que ce siècle va tout bouleverser de ce qu’on croit de droite et de gauche, que le clivage va désormais se faire autour de la question : « Quelle est la place de l’homme dans la société ? »

Propos recueillis par Josyane Savigneau

Source: lemonde.fr

4 commentaires leave one →
  1. Karim SELMI permalink
    17 mai 2009 07:33

    DE L’ART DE LA CIRCONLOCUTION

    A la question « Votre combat pour l’humanisation de la prison n’est-il pas un combat de gauche? »,

    Madame la ministre se contente de répondre par une autre question : « Je crois que ce siècle va tout bouleverser de ce qu’on croit de droite et de gauche, que le clivage va désormais se faire autour de la question : « Quelle est la place de l’homme dans la société ? »

    Réponse sans ambages : Cela dépend, s’il est de droite ou de gauche.

  2. Karim SELMI permalink
    17 mai 2009 08:04

    CONTREVERITES SUR LE PACS

    A une autre question : « Le pacs n’est-il pas une mesure en accord avec ce souci de clarifier ?

    Madame Boutin répond : « Non, et le fait que ce soient en majorité les hétérosexuels qui l’utilisent le prouve. »

    « Le génie c’est de savoir s’entourer » dit-on… A lire rapidement le propos de sa ministre, notre omniprésident semble l’être. Mais là, le bât blesse et Madame Boutin serait bien inspirée de vérifier les chiffres avant d’affirmer en femme assurément de droite qui plus est réactionnaire.

    En réalité, le nombre de « pacsés » est en constante augmentation depuis sa création. De 100.000 en 2007 il est passé à 150.000 en 2008. Crise oblige !

    Quant aux homosexuels, ils ne représentent que 12 % des 387.006 couples pacsés à ce jour.

    Compte tenu des avantages fiscaux et attachés sociaux à cette forme d’union, force est de constater que contrairement à ce que donnent à entendre les idéologues de tout poil , le Pacs séduit également tous les couples désintéressés par le mariage. Tel que celui-ci est présenté par les églises sans distinction et la société dont Madame Boutin défend les valeurs surannées.

  3. Karim SELMI permalink
    17 mai 2009 08:08

    CORRECTIF

    Lire :  » Compte tenu des avantages fiscaux et sociaux attachés à … » (etc)

  4. Karim SELMI permalink
    17 mai 2009 08:15

    A L’ATTENDTION DE L’ADMINISTRATEUR DU BLOG

    Supprimer ma réponse sur le PACS.

    Je suis mal réveillé. J’ai cru lire « homosexuels » dans le propos de Mme Boutin, alors qu’elle dit « hétérosexuels ». Mea culpa sur ce point.

    Finalement, elle est une catho de gauche.

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