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Le Figaro : 14 octobre 2007

14 octobre 2007
Trois balles pour  »Karim-l’avocat »
PAR DOMINIQUE RIZET

C’est un peu l’histoire d’Icare s’approchant trop près du soleil. Me Karim Achoui, 39 ans, s’est sans doute brûlé les ailes à vouloir trop en faire. Vendredi 22 juin, alors qu’il quittait son cabinet du boulevard Raspail, dans le VIIe arrondissement de Paris, deux hommes à moto l’ont grièvement blessé de trois balles de gros calibre. Deux projectiles l’ont atteint dans le dos. Un troisième a touché la cuisse et l’aine.

Avocat efficace spécialisé dans la défense du milieu parisien, vanté par les uns comme pénaliste extrêmement brillant, dénigré par d’autres pour ses liens trop étroits avec ses clients, «Karim-l’avocat» comme le surnomment les voyous dans les écoutes téléphoniques de la police, joue depuis des années un jeu dangereux en conduisant sa carrière à cheval sur la ligne jaune, trop vite et trop ostensiblement.

Amateur de clinquant, d’étoffes, de belles voitures et de jolies femmes, l’avocat s’est fait quelques amis mais tant d’en-nemis qu’un enquêteur de la brigade criminelle chargée de l’enquête sur l’agression qui a bien failli lui coûter la vie, confiait il y a quelques jours : «Dans chacun de ses dossiers, il y a au moins dix raisons de lui en vouloir…» De là à oser l’abattre…

Jean-Marc Florand est son ancien associé. Avec Karim Achoui, il avait rédigé un guide pratique, Homosexuels, quels sont vos droits, préfacé par le député Jean-Pierre Michel, père du Pacs, et publié par LGDJ (Librairie générale de droits et de jurisprudence). Il s’avoue «très choqué et attristé» par cette agression. Les deux membres du barreau de Paris, associés de 1994 au printemps 2000, ne s’étaient pourtant pas séparés en très bons termes. « Nous nous sommes  »désassociés » au printemps 2000 sur des divergences de vue quant à l’évolution du cabinet et au choix de la clientèle», observe aujourd’hui Jean-Marc Florand. Cet avocat n’en dira pas plus, même si, à l’époque, les déménageurs de Karim Achoui avaient vidé les lieux en emportant jusqu’aux poignées en laiton des fenêtres et portes de son bureau.

On le prétend d’origine modeste, d’un père ouvrier chez Renault et d’une mère assistante maternelle. Mais Karim Achoui est né à Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine. Il a toujours habité entre Vincennes, Saint-Mandé et Nation. Son père possédait des cafés et des hôtels à Paris. Rien à voir avec une vie de misère. La famille a réussi. Les parents et les enfants sont courageux. Lui est avocat, charismatique et intelligent. L’un de ses frères, professeur, enseigne en math spé.

Que s’est-il donc passé depuis ce printemps 2000 où, en se séparant de son associé, il ouvre un nouveau cabinet et parvient à décrocher Michel Lepage, l’un des patrons du «gang de la banlieue sud», des mailles de la justice dans une sale affaire de trafic de stupéfiants ? Quelques mois plus tard, c’est Marc, l’un des trois frères Hornec – ces gitans sédentarisés installés à Montreuil (Seine-Saint-Denis) – qu’il sort de prison. Celui-ci était impliqué dans une affaire d’agression sur des marchands d’or rue Vivienne à Paris. Profitant du flottement provoqué par la mutation de Paris vers Nanterre du magistrat instructeur, le juge Etienne Apaire, l’avocat réussit à convaincre le juge de la détention de libérer Marc Hornec, provoquant la rage des policiers. Achoui monte au firmament. Les voyous se l’arrachent. La consécration arrive avec sa désignation pour la défense d’Antonio Ferrara, le caïd des caïds du moment. La consécration, mais aussi les ennuis. Le 12 mars 2003, un commando attaque la prison de Fresnes, fait sauter la porte arrière, le mur de la cellule de Ferrara et «arrache» le bandit mythique au cours d’une véritable opération militaire où les rues voisines sont barrées par des hommes cagoulés et armés de fusils d’assaut.

En novembre 2005, Karim Achoui est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire pour «complicité» – qu’il nie – dans cette évasion spectaculaire qui devrait l’amener dans quelques mois jusqu’au box de la cour d’assises de Paris. Seule certitude, l’avocat collectionne depuis un certain temps les problèmes avec la justice. Quelques heures avant son agression, vendredi, le tribunal correctionnel de Nanterre l’avait condamné à douze mois de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction d’exercer sa profession pour une affaire commerciale l’opposant à son ex-épouse, Yacout Achoui, dont il aurait utilisé la signature à son insu. Son ex-épouse étant, pour l’anecdote, belle-fille d’un commissaire de police et cousine d’un autre caïd de Seine-Saint-Denis, lui-même très ami avec Nordine Mansouri surnommé «La Gelée» en raison de l’état quasi «liquide» de son cerveau et de sa dangerosité. Là encore, des raisons d’en vouloir à Me Karim Achoui. L’histoire raconte que l’avocat prétendait avoir passé un «accord» avec un magistrat parisien visant à faire revenir – contre indulgence – «La Gelée» d’Algérie où il s’était réfugié afin de fuir la justice française. Dès qu’il avait mis le pied sur le sol français, Nordine Mansouri, avait été interpellé et Me Achoui s’en était indigné. Réponse du berger à la bergère : «Jamais un juge n’aurait pris un pareil engagement et encore moins avec un avocat comme lui… Achoui prétend des choses pour se donner de l’importance.» Certains l’ont cru… Une piste supplémentaire à vérifier pour essayer de retrouver les tireurs du boulevard Raspail.

 

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