Skip to content

Paris-Match : 6 août 2007

6 août 2007

Les dossiers noirs de l’avocat du milieu, Me Karim Achoui.

Qui a voulu tuer Me Karim Achoui ? Son ascension météorique et son carnet d’adresses chez les voyous ont suscité de multiples rancœurs et jalousies.

Ce n’était pas un simple avertissement. Les agresseurs ont tiré pour tuer. A la brigade criminelle, les policiers fouillent le passé et l’épais carnet d’adresses de Karim Achoui, 39 ans, cet avocat à la carrière météorique, depuis qu’il s’est mis à son compte, il y a sept ans. Ils veulent savoir qui pouvait lui en vouloir au point d’avoir tenté de le liquider, boulevard Raspail, au pied de son bureau à coups de 11,43, le calibre des règlements de comptes.

Des ennemis ? Karim Achoui est susceptible d’en avoir quelques-uns dans la clientèle très particulière du grand et du petit banditisme, à l’origine de sa renommée et de son aisance financière. Fils d’un Algérien d’origine kabyle, qui a travaillé toute sa vie comme O.s. chez Renault, Karim Achoui est la fierté de sa famille, en janvier 1994, quand il prête serment comme avocat. Son premier associé est son ancien maître de conférences, Jean-Marc Florand, qu’il a connu à la fac de droit de Paris-XII Saint-Maur et avec lequel il a cosigné, en 1993, un petit ouvrage, « Homosexuels, quels sont vos droits » (éd. Librairie générale de droit et de jurisprudence). « Déjà, il sortait du lot. Toujours tiré à quatre épingles, c’était un garçon brillant, charismatique, particulièrement prometteur », se souvient Me Florand. Les deux associés reçoivent un coup de pouce du mythique Me Jacques Vergès. « Contrairement à ce qui est souvent dit, ils n’ont jamais été mes collaborateurs. Mais je leur envoyais les dossiers dont je n’avais pas le temps de m’occuper », explique l’ancien avocat de Barbie.

Avec Me Florand, Karim Achoui travaille un temps sur le dossier Patrick Dils. Puis, en 2000, le jeune homme pressé fonde son propre cabinet. Non sans être contraint, par le Conseil de l’ordre, à dédommager son ancien associé pour les clients qu’il a embarqués avec lui. Arrivent alors les années fastes.
Karim Achoui découvre un nouveau style de clientèle pour laquelle l’argent coule à flots et qui paie cash : celle des caïds et voyous de banlieue. Plusieurs succès, un non-lieu pour Michel Lepage, dit « le Gros », un poids lourd des bandes de la banlieue sud, ou encore la libération inespérée de Marc Hornec, alias « le Forain », l’un des trois frères de la célèbre famille manouche de Montreuil, lui donnent ses galons d’avocat du milieu. Il devient aussi le conseil du braqueur de fourgons blindés Antonio Ferrara, l’une des « stars » de la pègre française. Et quelques islamistes font appel à ses services, suscitant la curiosité de la D.s.t. Les raisons de cette ascension éclair ? « Au début des années 2000, au moment où le code de procédure pénale a été modifié, de jeunes policiers inexpérimentés ont été recrutés en masse dans les équipes d’enquête ; Karim Achoui a su profiter habilement des cas de nullité qui abondaient alors dans les dossiers », explique l’un de ses confrères.

Les honoraires restent haut de gamme, pas le service rendu.

La réputation de son efficacité se répand vite dans les parloirs. Beau garçon, éloquent, volontiers séducteur, Karim Achoui voit ses honoraires enfler en même temps que son aura. Il emménage dans un appartement d’une rue recherchée du Quartier latin et ne dissimule pas son goût pour les belles voitures. S’il roule aujourd’hui en Mini Cooper, on l’aperçoit alors en Porsche, en Jaguar et dans l’ancienne Rolls-Royce d’Enrico Macias. La nuit, en compagnie de quelques-uns de ses sulfureux clients, il n’hésite pas à s’afficher dans les établissements branchés de la capitale. Une réussite insolente qui lui vaut la cordiale détestation des policiers chargés de réprimer le grand banditisme.

Même s’il a épousé en 2001 la fille d’un ancien commissaire de police (avec laquelle il a eu un fils et dont il est aujourd’hui divorcé), ceux-ci le cataloguent désormais dans le camp de leurs adversaires : « C’est un voyou avec un diplôme d’avocat. » Pour faire tourner son cabinet et assurer son train de vie, Karim Achoui ne se limite pas au gratin de la voyoucratie. Attirés par le bouche-à-oreille, des clients beaucoup moins huppés – petits dealers, délinquants de banlieue, étrangers en situation irrégulière, etc. – se pressent à sa porte. Les honoraires restent haut de gamme, mais le service rendu, selon ses détracteurs, n’est pas toujours à la hauteur de sa réputation. « Avec ses petits clients, il lui est souvent arrivé de prendre de l’argent pour des dossiers qu’il délaissait totalement, assure l’un d’entre eux. Quand les intéressés venaient se plaindre, il les prenait de haut, se servant, comme d’un bouclier, des noms des V.i.p. du milieu qu’il défendait. »

De fait, ces dernières années, plusieurs des clients du cabinet Achoui ont saisi le Conseil de l’ordre des avocats, pour demander la restitution d’honoraires indus. Certains évoquent encore deux expéditions punitives récentes de la part de « Roumains » qui n’auraient pas apprécié la qualité des conseils de leur avocat. Il y a aussi l’épisode du truand Nordine Mansouri, surnommé « la Gelée », en raison de l’état présumé liquide de son cerveau, que Karim Achoui a fait revenir d’Algérie, croyant avoir obtenu la garantie qu’il ne serait pas incarcéré. Et qui, finalement, a terminé menottes aux poignets.

« Je ne suis pas un voyou. Je n’ai aucun client mécontent »

L’enfant terrible du barreau a-t-il un jour franchi la ligne jaune en réclamant à un client moins accommodant que les autres des honoraires pour des résultats qu’il n’a pas pu ou pas su tenir ? C’est l’une des hypothèses des enquêteurs. Depuis son lit d’hôpital, l’avocat dément en bloc : « Je ne suis pas un voyou. Je ne suis qu’un avocat. Je n’ai aucun client mécontent », a-t-il répondu sur T.f.1. Pour lui, la source de ses malheurs provient avant tout des policiers parisiens qui, depuis cinq ans, chercheraient à l’éliminer en montant des dossiers ou en créant des rancœurs contre lui. Ainsi affirme-t-il avoir prévenu le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, et l’Ordre des avocats des menaces faites à son encontre. Ce que le parquet de Paris dément pourtant formellement. Karim Achoui évoque aussi le cas d’une secrétaire qui aurait été « infiltrée » par la police dans son cabinet pour l’espionner. « Je me sentais suivi, épié, proclame-t-il. Mais pas par des voyous, pas par des clients mécontents…»

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :