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Journal du Dimanche : 24 juin 2007

24 juin 2007

Trois balles pour l’avocat du milieu

Par Stéphane JOAHNY, avec Michel DELEAN
Le Journal du Dimanche

 « Karim Achoui a pris trois balles ! » En quelques heures, vendredi soir, la nouvelle a fait le tour du Paris médiatico-judiciaire. Etoile controversée du barreau de Paris, défenseur attitré du gratin du banditisme, l’avocat parisien, âgé de 39 ans, a été hospitalisé, sous protection policière, à l’hôpital Georges-Pompidou. Le pronostic vital est engagé.

La scène s’est déroulée vers 22 heures. Accompagné d’une jeune femme, Me Achoui quitte son cabinet du 10 boulevard Raspail, à Paris (7e). Il se dirige vers son véhicule, une Mini Austin garée sur le terre-plein central, quand il voit un homme casqué s’avancer vers lui, une arme à la main. « Non ! », crie l’avocat avant de s’enfuir en courant. Trois coups de feu retentissent. Une balle se fiche dans une vitrine. Les deux autres frappent l’avocat dans le dos, au niveau de l’omoplate, et dans le haut de la cuisse gauche. Karim Achoui s’effondre 150 mètres plus loin. Le tireur, vêtement sombre et casque intégral gris, rejoint un deux-roues, peut-être un scooter, piloté par un complice qui stationne près de la station Shell. Le duo prend la fuite par la rue de Grenelle. La police relèvera trois étuis percutés sur le trottoir, du calibre 45.

La journée de vendredi avait mal commencé pour Me Achoui. Au tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine), c’est en tant que prévenu qu’il a dû encaisser le jugement de la 15e chambre : douze mois de prison avec sursis, 10 000 euros d’amende et surtout cinq ans d’interdiction d’exercer pour « complicité de faux et usage de faux, fourniture de fausse indication pour le registre du commerce et travail dissimulé« . La plaignante n’était autre que son ex-épouse, belle-fille d’un commissaire de police, qui lui reproche d’avoir imité sa signature pour ouvrir un commerce. Karim Achoui comptait faire appel.

« Il n’a peur de rien et surtout il sait s’entourer des meilleurs« 

Depuis deux ans, l’avocat d’origine kabyle, parti de rien – une mère assistante maternelle, un père ouvrier chez Renault -, cumule les ennuis et les mises en examen. Une première, en 2005, pour des faits commis en 2002 dans une affaire de racket menée par le clan Hornec pour dépouiller un garagiste du Val-de-Marne. « Il est allé demander à la victime de retirer sa plainte pour sa propre sécurité« , résume une source policière qui dénonce un « comportement de voyou« . Une seconde, la même année, pour complicité dans l’évasion spectaculaire du braqueur Antonio Ferrara en mars 2003 de la prison de Fresnes, synonyme de comparution devant les assises, sans doute fin 2007. « Il n’y a absolument rien contre lui dans le dossier Ferrara« , soutient Jean-Yves Liénard, l’un des défenseurs de l’avocat. Les policiers sont eux persuadés de son implication, mais reconnaissent que les preuves manquent à l’appel.

Avocat depuis 1996, d’abord au cabinet de Me Florand, puis à son propre compte, Karim Achoui se forge rapidement une solide réputation de pénaliste. « Il est intelligent, plus malin que les autres, il n’a peur de rien et surtout il sait s’entourer des meilleurs – Liénard, Le Borgne, Herzog… – pour l’épauler« , témoigne un confrère qui pourtant ne le porte pas dans son coeur. Pour ce policier du 36 quai des Orfèvres, il est avant tout « un voyou avec un diplôme d’avocat« . A travers ce jugement, Karim Achoui paie pour sa proximité avec les frères Hornec, parrains présumés du milieu parisien. « Dès qu’une petite frappe affiliée au clan était arrêtée, on voyait débarquer Achoui. C’était un moyen pour les Hornec d’avoir accès à la procédure et de voir jusqu’où on pouvait remonter« , explique un commissaire parisien.

Le divorce avec les frères « H » remonterait au début des ennuis de l’avocat à la suite de l’arrestation d’Antonio Ferrara, l’évadé de Fresnes. « Quand ils se sont rendus compte que les flics le serraient de trop près, ils ont pris leurs distances« , confirme une source policière. Puis, récemment, la donne a changé : Karim Achoui est redevenu l’avocat des Hornec, dont deux frères sont actuellement écroués dans un gros dossier de trafic international de cocaïne.
Avocat du milieu, Karim Achoui est régulièrement accusé de passer la ligne jaune. « La limite à ne pas franchir quand on défend un voyou, c’est accepter les cinquante plaques qu’il met sur la table en lui garantissant le résultat, explique un bon connaisseur des moeurs du grand banditisme. Or du fric, ils en ont ! » Investissements en Algérie, voitures de luxe, appartement dans le 16e arrondissement, cabinet fraîchement inauguré boulevard Raspail : Karim Achoui n’a jamais caché sa réussite financière.

« Un avocat peut très bien se prendre deux balles »

« Ça devient très compliqué aujourd’hui d’être un avocat de voyous, surtout avec les jeunes de banlieue« , commente le journaliste Frédéric Ploquin, qui a rencontré l’avocat à de nombreuses reprises pour rédiger ses deux tomes de Parrains et caïds*. « Il suffit de leur dire ‘je vais vous tirer de là’ et ils prennent le message au pied de la lettre. Si ça ne marche pas, vous avez les trois frères qui débarquent au cabinet… Quand je l’avais interrogé sur les risques du métier, il m’avait répondu qu’un avocat pouvait très bien se prendre deux balles. »

Chargés de l’enquête, les policiers de la Brigade criminelle ont procédé hier à la perquisition de son cabinet. « L’examen de sa téléphonie et de ses dossiers les plus récents devrait nous aider à y voir plus clair« , espère une source proche de l’enquête.

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